De 10.1% en moyenne en France en 1981, le taux des césariennes a atteint 20.2% en 2008.
Pourquoi cette pratique est-elle en augmentation constante ? Dépend-elle toujours d’indications médicales ? Pas sûr …

 

Marie-Odile HELME – Journal de la Mutuelle du Midi n°124.


Alors qu’en matière de césarienne, L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) indique un taux de 10 à 15% comme raisonnable sur l’ensemble des naissances, le nombre des interventions continue à grimper dans la plupart des pays industrialisés. Et pas toujours pour des raisons strictement médicales.

 

Explications du Pr Claude d’Ercole, praticien hospitalier, chez du pôle femme-enfant de l’hôpital Nord à Marseille. « Je vois deux raisons principales à cette augmentation. D’abord parce que l’on prend en charge de plus en plus de grossesse pathologiques, ce qui n’était pas le cas auparavant. Aujourd’hui, tout est mis en oeuvre pour sauver l’enfant et il arrive de faire des césariennes à 26 ou 27 semaines de grossesse.»Résultat, dans le secteur public, on compte plus de césariennes dans les maternités de niveau 3 – dédiées aux grossesses à haut risque - que dans le niveau 2 et davantage dans ce dernier que dans les maternités de niveau 1, qui accueillent les cas simples.

« Deuxième raison, dans le privé, les obstétriciens ayant peur d’être mis en cause, se protègent en faisant des césariennes, car il n’y a pas encore de plaintes pour césariennes de prévention. L’intervention prenant une demi-heure à une heure, il est plus simple de pratiquer ainsi que d’attendre un accouchement périlleux toute la nuit et qui ne se termine pas forcément par voie basse. »

D’après une étude récente de la Fédération hospitalière de France, les maternités privées présentent un taux élevé de césariennes notamment, ce qui est plus surprenant, les établissements de niveau 1 censés accueillir les grossesses à faible risque. « De plus en plus assignés, les obstétriciens étant en proie aux problèmes d’assurances, il est souvent préférable de césariser… plus tôt », renchérit le Dr Pierre Tourame, chef du service médecine et biologie de la reproduction au pôle parents-enfants de l’hôpital Saint Joseph à Marseille.

 

Une césarienne n’est jamais anodine !


« Il n’existe pas de parallèle entre le nombre croissant de césariennes et le bien-être de l’enfant. S’il n’y a pas de raison de faire une césarienne (un siège, des jumeaux ne sont pas forcément des indications…), l’accouchement par voie basse est toujours mieux pour le bébé et la maman », insiste le Pr d’Ercole.

Oui, mais voilà … Pour des raisons diverses (phobie de l’accouchement, désir de protéger son enfant, illusion du risque zéro, planification de la naissance, peurs de conséquences de l’accouchement par voie basse sur le périnée…), un certain nombre de futures mamans souhaitent une césarienne de « convenance ».

Pourtant, cette intervention chirurgicale à part entière, n’est jamais sans risques.

Ni pour la mère, qui peut présenter des risques de saignement, d’anémie, d’infection de la cicatrice et de phlébite (heureusement prévenue par des injections d’anticoagulants).

«A plus long terme, il existe un danger de rupture utérine, ce qui voudra dire une surveillance sévère lors de grossesses et d’accouchements ultérieurs, quatre fois plus de malpositions du placenta ou un problème de placenta « accreta », c’est-à-dire accroché à la cicatrice, voire de mort foetale in utero. »

Ni pour l’enfant qui, non préparé à la sortie par le mécanisme de l’accouchement, peut se trouver en détresse respiratoire. « Entre le moment où le médecin a pénétré dans la salle d’opération et celui où j’ai entendu le cri de mon bébé, il s’est écoulé juste quelques instants », raconte Julie, césarisée par obligation médicale.

En bref, hormis dans les cas où, programmée, la césarienne ne se discute pas (bassin trop étroit, placenta recouvrant, présentation transver-sale, maladie de la mère…), ou alors, non prévue, « par exemple, si un bébé, à 7 mois de grossesse présente un gros retard de croissance et décompense », ou bien encore à chaud, « si le travail stagne, que le bébé ne supporte pas », mieux vaut accoucher naturellement. Un conseil de bon sens à donner aux femmes qui, soit de leur propre souhait, soit influencées par des problèmes d’organisation du médecin ou de la clinique, seraient prêtes à opter facilement pour la solution chi-rurgicale.



Dialoguer avant de décider


Devant l’augmentation du nombre de césariennes, la Haute Autorité de Santé a posé des règles de bonne conduite. Pour sa part, le collège National des Gynéco-logues et obstétriciens Français a émis, en 2000, ses recommandations qui insis-tent, en cas de souhait de césarienne de convenance, sur le « devoir d’informa-tion du médecin, l’effort de compréhension à faire face à cette demande, l’orien-tation du choix, voire la persuasion ». En clair, c’est par l’écoute et le dialogue que les futures mamans peuvent mieux apprécier le rapport bénéfice : risque des différents modes de naissance.


Pour en savoir plus : www.cesarine.org