Auteurs : Magali TREGUIER, Attachée Hospitalier, Odontologie Pédiatrique, Daniel BANDON, MCU-PH, Odontologie Pédiatrique, Matthias PISAPIA, AHU, Odontologie Pédiatrique.

 

La lutte contre les caries des dents temporaires : pourquoi prévenir les caries avant l’éruption dentaire ? Faut-il soigner les dents temporaires ?
C’est pour répondre à ces questions et insister sur le rôle primordial des médecins dans la prévention bucco-dentaire des enfants que le projet « attention biberon » a vu le jour.

A l’origine de ce travail, une constatation malheureuse : le service d’Odontologie du professeur Bonil (Hôpital Nord) reçoit chaque mercredi  un nombre toujours croissant de très jeunes patients souffrant de poly caries. La carie est le motif de consultation pour 93.1 % des enfants interrogés (Etude réalisée entre janvier et juin 2008 sur 130 patients de moins de 6 ans consultant au service d’Odontologie de l’Hôpital Nord).

Non seulement ces enfants souffrent, mais ils présentent également des difficultés à s’alimenter, des troubles du sommeil, une altération de la croissance, etc.

Le fait que le patient soit un enfant implique la nécessaire présence d’un troisième élément qui compliquera la relation patient-praticien : le parent. Chacun de ces trois personnages considère ce premier rendez-vous selon son propre ressenti.
Dans la majorité des cas, la première visite fait suite à une forte douleur dentaire, ayant entraîné une nuit agitée pour l’enfant et l’accompagnant.
Cet évènement unique engendre deux réactions opposées : le jeune patient est perturbé par la douleur et la fatigue qui le rendent très méfiant, et peu enclin à accepter les soins, le parent, fatigué lui aussi mais énervé, accepte mal que le soin ne soit pas réalisé lors de cette première séance.
Le chirurgien-dentiste se trouve alors tiraillé entre la volonté de soulager l’enfant (et répondre à l’attente du tuteur), tout en évitant de  compromettre la relation de soins en précipitant le traitement (et de fait reporter un acte souvent lourd, associant seringue et turbine, pour préserver la confiance de l’enfant)…

La croyance populaire veut que l’on ne soigne pas les dents temporaires. Ceci est logique, puisqu’elles ne sont que… temporaires !!

Il est primordial de rappeler que les dents temporaires sont les seuls organes dentaires présents en bouche entre les 6 mois et les 6 ans de l’enfant, et qu’elles cohabitent avec des dents définitives en moyenne pendant les 6 années qui suivent.
Ne pas les soigner revient donc à accepter qu’un enfant puisse souffrir de douleurs dentaires parfois violentes pendant 5 ans avec des conséquences sur la croissance, son alimentation, son sommeil, l’apprentissage de la mastication et de la phonation, sans évoquer ses relations sociales compliquées par une mauvaise haleine et un sourire disgracieux, et que l’on laisse des sites infectieux (la carie est une maladie bactérienne infectieuse transmissible, d’où l’interdiction de sucer la sucette tombée par terre d’un enfant pour lui remettre dans la bouche !).

Les dents de lait ont adjacentes à des dents définitives, permettant la colonisation de ces dents par des bactéries cariogènes, et ce dès leur éruption.

Sommes-nous parvenus à vous convaincre qu’il n’est pas tolérable de

laisser sans soins des caries sur dents temporaires ?

 

La nécessité de soigner ces enfants, et la complexité de la relation de soins imposent une réflexion : si le traitement curatif est difficilement réalisable, comment faire pour l’éviter ?

La réponse est dans la question, il faut tout simplement agir en amont, par de la prévention.
Cependant, les chirurgiens-dentistes voient très rarement les enfants avant l’apparition de douleur. Il est donc indispensable que les messages de prévention soient dispensés avant tout « accident dentaire » (caries, traumatisme…), car des personnes compétentes en santé, qui prennent très tôt en charge enfants et parents.
Il a été prouvé que l’efficacité de la prévention passe par un message délivré précocement et fréquemment.